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2020.... MAIS 2021!


Aucun domaine d’activités n’aura été épargné par la crise sanitaire. Inutile de sombrer dans le pathos, les personnes soucieuses de la condition de chacun sur cette planète savent bien que les plus défavorisés sont encore plus touchés par la pandémie.
Nos collègues, notre chauffeur, nos amis se battent quotidiennement : pour manger, pour continuer à transmettre leurs connaissances, pour vivre, pour survivre.
Certes nous pouvons donner quelque aide ponctuelle soit par de l’argent ou par des réunions sur skype, néanmoins, l’isolement, l’impuissance, la peur de perdre le lien, l’atmosphère anxiogène autant ici que là-bas freine, stoppe la collaboration.
Quoi qu’il en soit,  nous ne perdons ni espoir, ni courage. Si nous ne serons pas au Sénégal en 2020 nous espérons que 2021 nous permettra de concrétiser de nouveaux projets.
Merci de garder confiance en l’avenir, confiance en nous, confiance en dokando.

Pour dokando, Christine

Rituel n'est pas habitude

Rituel n’est pas habitude. Le rituel, l’habitude sans son ennui possible ; le rituel, se réjouir de    retrouver, de revoir, de répéter, de refaire, de proposer, de rencontrer la résistance, de construire, d’élaborer, d’accepter la nonchalance, d’échanger, de ne point oublier les visites de courtoisie ; le rituel, partage des idées avec le sourire car souvent on connaît quelque peu les positions de l’autre ; le rituel, avec sa part de découverte ; le rituel, un chant des regards, des mots, des activités, des créativités, des productions, des évaluations ; le rituel des lieux, plaisir d’avaler les kilomètres avant de s’enfoncer dans les terres douces et salées du Siné-Saloun, plaisir de reprendre ses marques sous la moustiquaire ; rituel des sens, plaisir d’entendre au réveil les oiseaux, plaisir de se doucher sous un filet d’eau, plaisir d’accepter les caprices du courant électrique, plaisir d’une langue française enroulée, chantante, ronde parsemée de wolof, plaisir de palabrer sous l’arbre; le rituel, attente de la surprise, de l’inattendu.
Cette année, un collègue nous a bouleversés :  il a raconté combien, enfant, il avait été   fier de son père quand celui-ci, enrôlé comme tirailleur sénégalais, était revenu au village. Un héros. A ce moment-là du travail nous étions particulièrement prudents en abordant le sujet tant il est aisé de l’associer au colonialisme, à l’exploitation de l’homme. Moment émouvant pour tous. Merci Monsieur Coly.
Cette année, pendant la pause, dans la cour, des femmes enseignantes rebelles, décidées, actives et réactives débattent. Moment de rire, de connivence féminine, de résilience. Merci Mesdames.
 
Rituel du retour, lancinant décalage ; rituel du retour, la tête là-bas, le corps ici. Rituel du retour, déjà l’année prochaine… il y aura 10 ans.
Christine

La littérature vit et fait vivre

Au cours de l’année scolaire 2017-2018 Mesdames Diagne et Deglise ont développé   une collaboration étroite autour du roman de Fatou Diome « Le Ventre de l’Atlantique ». Grâce à dokando le lycée de Karang dispose en effet, depuis octobre 2017, d’une collection de classe  (45 exemplaires) de ce roman. Ainsi Madame Diagne a pu étudier l’œuvre avec une classe de première. Suite aux nombreux échanges par mail, via le blog (matériel, idées, sujets de dissertation, articles, démarches pédagogiques)  entre les 2 enseignantes sénégalaise et suisse, les élèves ont pu aborder les thèmes du roman, sa structure, la vision de l’auteur et se positionner quant aux comportements des personnages.
En octobre, les deux enseignantes, accompagnées de Madame Honrado, se sont retrouvées en classe ; toutes trois ont eu un échange des plus riches et authentiques avec ces élèves  actuellement en terminale.
Cette expérience  démontre que  l’objectif fondamental de dokando est pleinement atteint : écouter, partager, échanger ses connaissances et ainsi donner encore plus aux élèves.

 

 

dokando actif toute l'année

Comme l’année passée les échanges de documents, de démarches pédagogiques se concrétisent ces derniers mois entre enseignants suisses et sénégalais autour du roman « A l’abri de rien » (Editions de l'Olivier) d’Olivier Adam, livre que la cellule pédagogique de Karang a choisi en octobre 2018.

Sans titre
L’équipe du mois de novembre a donc apporté une collection de classe de 40 exemplaires pour que les étudiants puissent prendre connaissance plus aisément de ce roman à l’écriture saccadée, souvent haletante, parfois brutale mais imagée et souvent poétique. L’auteur bouscule le lecteur, l’empêche de camper sur des a priori, l’oblige à reconsidérer les situations, la donne historique, l’actualité économique, sociologique de la France, de l’Europe, de la planète.
Après la lecture de Fatou Diome, « Le Ventre de l’Atlantique », Madame Sokhna Diagne travaille cet ouvrage avec sa classe de terminale. Il s’agit d’observer l’émigration, l’intégration sous un autre prisme.  Les élèves de Karang découvrent ainsi le quotidien des réfugiés de Calais tant du point de vue des centaines d’Afghans, d’Irakiens ou d’Iraniens que par les réactions et engagements de Français.
Nous ne pouvons que nous réjouir de cette nouvelle expérience si enrichissante de lecture partagée.

De son côté un autre collègue, Monsieur Ndong, travaille « Le Ventre de l’Atlantique » de Fatou Diome avec une classe de 3ème, en exploitant le dossier élaboré l’année passée. Merci à lui.
 Christine

Retour du Sénégal : réflexions

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Chaque séjour au Sénégal ravive d’infimes habitudes sensorielles et relationnelles mais il déclenche aussi de l’étonnement, et plus... Avec joie on y retrouve des regards-sourires, des odeurs-oignon, des couleurs latérite-vert-mil, des soleils étouffants, les ânes dans la cour d’école, les pirogues dans le labyrinthe des palétuviers, une lumière écrasante, des tables-bancs désossées, brinquebalantes devant les  bâtiments scolaires, des pépiements d’oiseaux jaunes-noirs, des salles de classe sombres, poussiéreuses, des propos chauds « j’ai ta nostalgie », « ça fait longtemps, depuis quand ? » et l’arbre à palabres, cette année l’arbre-ateliers puisque nous avons le plus souvent travaillé sous le manguier.
Contrairement à toute forme de tourisme, dans son acception étymologique, les collaborations dokando suscitent assez systématiquement la volonté de comprendre, de mieux décoder ; elles déclenchent la réflexion, le doute, la remise en question, des chamboulements, des bouleversements parce que l’on a perçu, au détour d’un échange, quelques bribes du quotidien de nos collègues sénégalais, quelques unes de leurs préoccupations, de leurs points de vue, parfois même de leurs préjugés.
Cette année nous avons élaboré  11 ateliers choisis pour la plupart par nos collègues africains ; Certains étaient particulièrement techniques comme les écrits sociaux (le CV, la lettre de motivation, le procès-verbal) ou un sujet de grammaire française ; d’autres traitaient de thématiques plus historiques, sociologiques, donc actuelles (la guerre froide, la « fan attitude, la migration). Les échanges ont généré des regards, des propos, des commentaires, un langage corporel qui nous ont laissé parfois sans voix. Décidément il y a ceux du Nord… et ceux du Sud.. En ce qui concerne l’atelier « migration » pas certaine que l’objectif ait été atteint : tenter de se décentrer grâce aux cartes, aux essais, aux nombreuses coupures de presse : la donne historique, les multiples mouvements migratoires sur la planète à travers les siècles, leurs causes diverses, leurs conséquences positives, négatives. Pas sûre que les connaissances, aussi approfondies soient-elles, permettent de dépasser les difficultés du vivre.
On ne sort pas indemne d’une collaboration qui touche aux sciences humaines ; elle ne peut laisser indifférent de part et d’autre ; gageons que les traces déposées non seulement nous enrichissent mais ouvrent des portes sur la connaissance de l’autre.  

Christine

 

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